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SORBIER DU QUÉBEC : IDENTIFICATION, FRUITS, FEUILLES ET ÉCORCE

 
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Résumé de la vidéo et contenu inédit :
 
Gabriel Grenier (Le Prof Forestier), collaborateur certifié de Jardinage Bricolage Autosuffisance Recyclage Québec, travaille dans le domaine forestier depuis presque 20 ans, entre autres comme enseignant en foresterie. Auteur, conférencier et animateur de randonnées éducatives en forêt, il partage sa passion des arbres, de l'écologie et de la biodiversité. Il nous fait explorer la richesse et la complexité des forêts du Québec, des plantes et des écosystèmes forestiers, ainsi que les enjeux liés à leur conservation.
 
 
Dans cette vidéo, Gabriel Grenier - Le Prof Forestier nous apprend à identifier les sorbiers du Québec, aussi appelés cormiers ou mascouabinas. Le Prof Forestier présente les principaux indices permettant de reconnaître ces arbres : fruits rouge orangé, feuilles composées, gros bourgeons, rameaux et écorce. Il explique également comment éviter certaines confusions avec le peuplier baumier et le cerisier de Pennsylvanie. Une présentation pratique pour mieux reconnaître le sorbier en forêt au fil des saisons.
 
 
 
 
Contenu de l'article de la vidéo :
 
 

SORBIERS DU QUÉBEC (SORBUS SPP.) : COMMENT LES IDENTIFIER EN FORÊT?

 

Reconnaître le sorbier par ses fruits, ses feuilles, ses bourgeons et son écorce

 
 

Le sorbier, un arbre facile à remarquer à la fin de l’été et à l’automne

Les sorbiers, aussi appelés cormiers dans plusieurs régions du Québec, sont particulièrement faciles à remarquer à la fin de l’été et au début de l’automne. C’est souvent à ce moment de l’année que leurs grappes de fruits rouges ou orangés ressortent littéralement dans le paysage. Quand on se promène en forêt, sur le bord d’un chemin ou dans une clairière, ces grappes colorées peuvent attirer l’œil de très loin.

Pour commencer à apprendre à reconnaître les sorbiers, je trouve intéressant de les traiter comme un groupe. Il existe plusieurs espèces et il y a évidemment des différences entre elles, mais lorsqu’on débute en identification forestière, le plus important est d’abord de développer une image mentale du « sorbier ». Une fois qu’on est capable de reconnaître le genre Sorbus sur le terrain, on peut commencer à regarder plus attentivement les détails qui permettent d’aller jusqu’à l’espèce.

Au Québec, on rencontre notamment deux sorbiers indigènes, le sorbier d’Amérique (Sorbus americana) et le sorbier des montagnes ou sorbier plaisant (Sorbus decora). On trouve aussi le sorbier des oiseaux ou sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), une espèce d’origine européenne largement utilisée comme arbre ornemental et aujourd’hui naturalisée en Amérique du Nord.

C’est probablement ce qui explique pourquoi on peut observer des sorbiers qui ne se ressemblent pas parfaitement. Certains ont des fruits plus gros, certains présentent des bourgeons plus velus ou plus cireux et la couleur des différentes parties peut varier légèrement. Malgré ces variations, plusieurs caractères reviennent constamment et permettent de développer de très bons réflexes d’identification.
 
 
Un Sorbier tout en fruits
Un Sorbier tout en fruits
 

Sorbier, cormier, mascouabina : plusieurs noms pour le même arbre

Le vocabulaire entourant le sorbier est particulièrement intéressant au Québec. Selon les régions et les familles, on peut entendre sorbier, cormier, mascouabina, maskouabina, mascou ou encore masco.

Le mot mascouabina est d’origine innue et fait partie du vocabulaire traditionnel québécois. Les appellations mascouabina et maskouabina sont notamment associées au sorbier d’Amérique. Le terme « cormier » est également couramment utilisé au Québec pour désigner cet arbre.

Il faut toutefois faire attention lorsqu’on consulte des ouvrages européens. En Europe, le mot cormier désigne plus précisément le sorbier domestique, Sorbus domestica, une espèce différente. Au Québec, l’usage populaire du mot cormier s’est plutôt attaché au sorbier d’Amérique. C’est un bel exemple de vocabulaire forestier qui évolue avec le territoire et les communautés.

J’aime beaucoup ces noms régionaux parce qu’ils racontent eux aussi quelque chose du territoire. Si vous voyagez au Saguenay–Lac-Saint-Jean, sur la Côte-Nord, en Estrie ou ailleurs au Québec, vous allez parfois découvrir des noms différents pour le même arbre. Ce vocabulaire populaire fait partie de notre relation avec la forêt.
 
 

Identifier le sorbier grâce à ses fruits rouges ou orangés

Lorsque les fruits sont présents, on tient probablement le caractère le plus évident pour reconnaître un sorbier.

Les fruits apparaissent en grappes assez denses et passent généralement par différentes nuances de jaune orangé, d’orange, de rouge orangé jusqu’au rouge selon l’espèce, la maturité et les conditions. Sur un fond de feuillage vert, puis dans les couleurs automnales, ils peuvent devenir extrêmement visibles.

C’est vraiment l’un des meilleurs moments pour apprendre l’arbre. Si vous vous entraînez à reconnaître le sorbier lorsqu’il porte ses fruits, vous pourrez ensuite revenir observer le même arbre en hiver et regarder ses bourgeons, ses rameaux et son écorce. Au printemps, vous pourrez examiner ses nouvelles feuilles et ses fleurs. C’est de cette façon qu’on finit par connaître un arbre pour vrai : pas seulement à partir d’une photo, mais pendant toute l’année.

Les sorbiers produisent de petites fleurs blanches regroupées en inflorescences, puis des grappes de fruits rouges ou orangés qui deviennent particulièrement apparentes vers la fin de l’été et l’automne. Plusieurs de ces fruits peuvent demeurer sur les arbres jusque tard dans la saison.

D’un point de vue botanique, il est aussi intéressant de se rappeler que le sorbier appartient à la famille des Rosacées. Il est donc apparenté à une quantité impressionnante de plantes connues, dont les pommiers, les poiriers, les cerisiers et les rosiers.

Quand vous regardez attentivement un fruit de sorbier, cette parenté devient moins étonnante. Ce ne sont pas simplement des « baies » au sens populaire du terme : leur structure rappelle de minuscules pommes regroupées en grappes.
 
 

Reconnaître les feuilles composées du sorbier

Un deuxième caractère extrêmement utile est la feuille.

La feuille du sorbier est composée. Cela signifie que ce qu’on pourrait prendre au premier regard pour plusieurs petites feuilles est en réalité une seule grande feuille formée de plusieurs folioles attachées à un axe central.

Chez les sorbiers, ces folioles sont disposées de chaque côté de cet axe et une foliole termine généralement la feuille. On parle alors d’une feuille imparipennée. Selon les espèces et les individus, une feuille compte généralement plusieurs folioles dentées.

C’est une distinction importante sur le terrain. Les folioles peuvent donner l’impression d’être opposées entre elles le long de la feuille, mais la feuille complète, elle, est disposée de façon alterne sur le rameau. Il faut donc toujours commencer par identifier où se trouve réellement le bourgeon : le bourgeon se trouve à la base d’une vraie feuille, jamais à la base de chacune des folioles.

C’est un truc très utile lorsqu’on commence à étudier les arbres à feuilles composées. Au lieu de simplement regarder ce qui ressemble à une feuille, on recherche le bourgeon. Le bourgeon nous indique où commence et où se termine la véritable feuille.
 
 

Les gros bourgeons : un excellent indice en hiver

Une fois les feuilles tombées, le sorbier demeure très intéressant à identifier.

Regardez les rameaux. On y trouve des bourgeons alternes assez gros et généralement foncés. Le bourgeon terminal, situé au bout du rameau, est souvent particulièrement évident.

Pour aider mes étudiants à retenir ce caractère, j’utilise une image volontairement exagérée : les bourgeons du sorbier me font penser à de gros doigts de sorcière.

Ce n’est évidemment pas un terme botanique, mais une bonne image mentale est parfois beaucoup plus efficace qu’une longue définition lorsqu’on est dehors, qu’il fait froid et qu’on essaie d’identifier vingt espèces différentes.

Sorbier, sorbet, doigts de sorcière… peu importe l’association qu’on se crée. L’important est de développer un moyen de se rappeler ce qu’on vient d’observer.

Selon l’espèce et le stade de développement, certains bourgeons peuvent paraître plus lisses, plus cireux ou plus velus. Voilà pourquoi il est préférable de ne jamais identifier un arbre avec un seul caractère.

Un bon forestier cherche toujours plusieurs indices qui racontent la même histoire : disposition des bourgeons, grosseur des rameaux, écorce, lenticelles, habitat et, lorsqu’ils sont présents, feuilles, fleurs et fruits.
 
 
Feuilles composées du Sorbier
Feuilles composées du Sorbier
 

Ne pas confondre le sorbier avec le peuplier baumier

Les gros bourgeons peuvent parfois faire penser au peuplier baumier, particulièrement lorsqu’on travaille en identification hivernale.

Il existe cependant une différence très pratique.

Les bourgeons du peuplier baumier sont fortement résineux et collants. Quand on les touche ou qu’on les écrase légèrement, ils dégagent aussi une odeur résineuse caractéristique. Cette combinaison de résine, d’odeur et de texture devient rapidement familière après quelques observations.

Chez le sorbier, le gros bourgeon terminal peut être impressionnant, mais on ne retrouve pas cette même sensation de bourgeon abondamment enduit de résine collante.

C’est exactement le genre de comparaison qu’il faut faire pour progresser. Apprendre un arbre isolément est utile. Apprendre deux arbres susceptibles d’être confondus l’est encore davantage.
 
 

Observer l’écorce et surtout les lenticelles

L’écorce constitue un autre indice intéressant.

Sur les jeunes troncs et les branches, elle peut être grisâtre, beige ou brun grisâtre et relativement lisse. Avec l’âge, l’apparence change progressivement.

Ce qui attire particulièrement mon attention, ce sont les lenticelles.

Les lenticelles sont de petites structures visibles sur l’écorce et les rameaux qui permettent les échanges gazeux entre les tissus vivants de la plante et l’air extérieur. Chez le sorbier, elles peuvent être suffisamment apparentes pour devenir un bon caractère d’identification.

Pour les mémoriser, j’utilise encore une image simple : elles me font penser à de gros grains de sucre qu’on pourrait mettre sur un sorbet.

Le sorbet pour le sorbier, les grains de sucre pour les lenticelles. Ce n’est pas très académique, mais sur le terrain, ça fonctionne.

Il faut toutefois regarder plus que la présence de lenticelles, parce que plusieurs essences en possèdent. Leur forme, leur disposition, la couleur de l’écorce et la réaction de l’écorce lorsqu’on la gratte légèrement permettent de pousser l’identification plus loin.
 
 

Sorbier ou cerisier de Pennsylvanie?

Le cerisier de Pennsylvanie est justement une essence avec laquelle il est intéressant de comparer le sorbier.

Chez le cerisier de Pennsylvanie, les lenticelles horizontales peuvent être très visibles et donner un aspect caractéristique à l’écorce. Quand on gratte délicatement la surface d’un jeune rameau, une coloration orangée ou brun orangé peut également apparaître.

Chez le sorbier, l’aspect n’est pas le même. Les lenticelles peuvent être bien marquées, mais l’écorce ne réagit pas exactement comme celle du cerisier de Pennsylvanie.

Encore une fois, l’objectif n’est pas de gratter tous les arbres que vous rencontrez. Quelques observations sur des spécimens déjà bien identifiés suffisent pour construire votre mémoire visuelle et tactile.

L’identification forestière devient beaucoup plus facile lorsqu’on compare directement des espèces semblables plutôt que d’essayer de mémoriser une série de descriptions abstraites.
 
 
Écorce du Sorbier
Écorce du Sorbier
 

Où pousse le sorbier au Québec?

Le sorbier aime généralement les endroits où il reçoit suffisamment de lumière. On peut le retrouver dans des ouvertures forestières, à proximité des chemins, dans des secteurs perturbés, sur des pentes, des lisières et dans différents milieux forestiers.

C’est aussi un arbre capable de monter relativement loin vers le nord. Le sorbier des montagnes, Sorbus decora, possède d’ailleurs une répartition plus nordique que le sorbier d’Amérique.

Cette capacité à occuper différents environnements explique pourquoi les dimensions des arbres peuvent varier énormément.

On rencontre souvent le sorbier sous la forme d’un petit arbre ou d’un grand arbuste. Le sorbier d’Amérique peut atteindre environ une dizaine de mètres dans de bonnes conditions.

Cela dit, les chiffres contenus dans les guides ne remplacent jamais complètement les observations de terrain. Je me souviens notamment avoir observé dans le secteur de Chartierville, près de la frontière américaine, des sorbiers beaucoup plus imposants que ceux qu’on rencontre habituellement. À première vue, certains pouvaient presque donner l’impression d’un gros bouleau jaune lorsqu’on ne regardait que leur stature.

C’est aussi ça, travailler avec les arbres : une espèce possède une forme typique, mais les meilleurs sites peuvent parfois produire des individus qui surprennent.
 
 
 
 

Trois sorbiers à connaître au Québec

Lorsqu’on veut aller un peu plus loin que simplement « Sorbus spp. », trois espèces sont particulièrement intéressantes à connaître.

Le sorbier d’Amérique, Sorbus americana, est indigène de l’est de l’Amérique du Nord. Ses fruits rouge orangé sont regroupés en grappes et ses folioles sont relativement allongées. C’est également cette espèce à laquelle sont traditionnellement associés au Québec des noms comme mascouabina, maskouabina et cormier.

Le sorbier des montagnes, Sorbus decora, est lui aussi indigène. Il ressemble énormément au sorbier d’Amérique. Ses fruits sont généralement un peu plus gros et peuvent prendre des teintes écarlates ou vermillon. Son aire de répartition se prolonge également davantage vers le nord.

Enfin, le sorbier des oiseaux, Sorbus aucuparia, est originaire d’Europe. Il a été largement planté comme arbre d’ornement et s’est naturalisé en Amérique du Nord. Ses folioles sont généralement plus petites et peuvent présenter davantage de pubescence.

Sur le terrain, cependant, il faut rester humble. Les sorbiers peuvent présenter de la variabilité et une identification précise demande parfois de regarder plusieurs caractères en même temps. Pour une première reconnaissance en forêt, être capable d’arriver correctement à « sorbier » constitue déjà une excellente étape.
 
 

Une méthode simple pour identifier un sorbier sur le terrain

Quand j’arrive devant un arbre que je soupçonne être un sorbier, je ne commence pas avec une clé botanique de cinquante caractères. Je cherche d’abord les indices les plus évidents.

À la fin de l’été ou à l’automne, je regarde les grappes de fruits rouges ou orangés. Ensuite, j’examine les feuilles composées et leurs folioles dentées. Je regarde la disposition alterne des vraies feuilles sur le rameau.

En hiver, je porte plutôt attention aux gros bourgeons, particulièrement au bourgeon terminal, puis à l’écorce et aux lenticelles. Je compare ensuite mentalement avec les essences qui pourraient me tromper, par exemple le peuplier baumier ou certains cerisiers.

Une identification fiable repose donc sur une combinaison : fruits, feuilles, bourgeons, rameaux, écorce, habitat et silhouette générale.

Plus vous accumulez ces indices, moins vous dépendez d’un caractère unique.
 
 
Bourgeon en forme de sorbet du Sorbier
Bourgeon en forme de sorbet du Sorbier
 

Un bois non commercial, mais loin d’être sans intérêt

En foresterie québécoise, le sorbier est généralement considéré comme une essence non commerciale. Cela signifie essentiellement qu’il n’existe pas de filière industrielle importante comparable à celles du sapin baumier, de l’épinette, de l’érable à sucre ou du bouleau jaune.

« Non commercial » ne veut toutefois absolument pas dire « sans valeur ».

Lorsqu’on scie du sorbier, on découvre un bois qui peut être vraiment très beau. C’est un bois relativement dur, avec des veinures qui peuvent être particulièrement intéressantes. Certains morceaux donnent presque une impression de dessin tigré.

Pour quelqu’un qui travaille le bois à petite échelle, qui fait du tournage, des objets artisanaux ou simplement des expérimentations avec différentes essences locales, c’est le genre de bois qui mérite d’être observé.

Je garde toutefois un souvenir assez clair d’une expérience de séchage de sorbier dans la cave chez nous : l’odeur pendant le séchage était particulièrement forte. Disons simplement que ce n’est pas l’essence que je choisirais spontanément pour parfumer une maison!

C’est encore un exemple de ce qu’on apprend difficilement dans un tableau. La densité et la dureté d’un bois sont des données. Son comportement à la coupe, son odeur lorsqu’il sèche, sa couleur et ses veinures font partie d’une connaissance beaucoup plus concrète.
 
 

Un arbre important pour la faune

Les fruits du sorbier ne sont pas seulement spectaculaires à regarder. Ils constituent aussi une ressource alimentaire pour différentes espèces animales.

Plusieurs oiseaux se nourrissent des fruits, tandis que différents mammifères peuvent aussi utiliser certaines parties de l’arbre. Lorsque les fruits demeurent dans l’arbre jusque tard en automne, ils peuvent constituer une ressource alimentaire intéressante au moment où d’autres sources deviennent moins abondantes.

Cette dimension écologique mérite d’être observée directement. Quand un sorbier chargé de fruits demeure debout à l’automne, revenez le voir régulièrement. Vous pourrez parfois constater que les grappes diminuent progressivement ou observer directement les animaux qui viennent s’y nourrir.

Un arbre ne se résume jamais à son identification. Il fait partie d’un réseau beaucoup plus vaste.
 
 

Observer le sorbier au fil des quatre saisons

Le Québec est extraordinaire pour apprendre les arbres parce que notre forêt change continuellement.

Au printemps apparaissent les bourgeons, les nouvelles feuilles et les fleurs. Pendant l’été, le feuillage devient pleinement développé et les fruits commencent à se former. À la fin de l’été et en automne, les grappes de sorbes deviennent rouges ou orangées. Puis les feuilles changent de couleur et tombent.

L’hiver arrive ensuite et enlève une bonne partie des caractères qui rendaient l’identification évidente. C’est là que les bourgeons, les rameaux, les cicatrices foliaires, l’écorce et la silhouette prennent toute leur importance.

Pour moi, remarquer ces changements, c’est beaucoup plus que mémoriser des arbres.

C’est entrer progressivement dans une notion saisonnière du territoire.

Quand on revient régulièrement dans la même forêt, on commence à remarquer que certains arbres colorent avant les autres. Certains produisent leurs fruits plus tôt. Certains conservent leurs feuilles plus longtemps.

À l’automne, la forêt devient véritablement un feu d’artifice de nuances. Il y a du jaune, du rouge, de l’orange, du brun et toutes les transitions possibles entre ces couleurs.

Plus on observe ces changements, plus on finit par savoir où on se situe dans l’année simplement en regardant ce qui se passe autour de nous.
 
 
Grappes de fruits rouges ou orangés
Grappes de fruits rouges ou orangés
 

Apprendre à reconnaître les arbres plutôt qu’à mémoriser des noms

C’est probablement l’un des messages que je trouve les plus importants lorsque je parle d’identification forestière.

Le but n’est pas de mémoriser le plus grand nombre possible de noms latins en une soirée.

L’objectif est de développer une relation avec les espèces.

Aujourd’hui, vous remarquez les fruits du sorbier. La prochaine fois, vous regardez ses feuilles. Cet hiver, vous vous rappelez ses gros bourgeons. Puis un jour, vous apercevez un rameau sans feuilles au bord d’un chemin et quelque chose dans votre tête vous dit immédiatement : « Ça ressemble à un sorbier. »

C’est à ce moment-là que l’identification commence réellement à devenir intuitive.

Les outils d’identification demeurent évidemment très utiles. Des herbiers, des guides forestiers et des clés d’identification permettent de confirmer une observation lorsqu’un caractère nous fait hésiter.

Mais idéalement, l’outil confirme ce que l’observation du terrain nous a déjà laissé soupçonner.
 
 

Quelques erreurs à éviter lorsqu’on identifie un sorbier

La première erreur consiste à se fier uniquement aux fruits. Les grappes rouge orangé sont extrêmement utiles, mais elles ne sont pas présentes toute l’année.

La deuxième consiste à regarder seulement la couleur de l’écorce. Cette couleur varie avec l’âge de l’arbre, l’humidité, l’éclairage et les conditions de croissance.

La troisième serait de conclure qu’un gros bourgeon signifie automatiquement « sorbier ». Le peuplier baumier, par exemple, possède lui aussi des bourgeons très remarquables.

Il faut donc constamment croiser les caractères.

Fruit plus feuille plus bourgeon plus écorce vaut beaucoup mieux qu’un seul indice pris isolément.

Enfin, il faut accepter qu’il soit parfois possible d’identifier correctement un arbre jusqu’au genre sans nécessairement déterminer immédiatement l’espèce exacte. Dire « Sorbus spp. » lorsqu’on sait qu’il s’agit d’un sorbier, mais qu’on n’a pas suffisamment de caractères pour aller plus loin, est beaucoup plus rigoureux que de choisir une espèce au hasard.
 
 

Le sorbier comme porte d’entrée vers la lecture du territoire

Une fois qu’on commence à reconnaître des arbres comme le sorbier, quelque chose change dans notre manière de marcher en forêt.

Le paysage n’est plus seulement constitué d’une masse d’arbres verts.

On commence à distinguer les espèces.

On remarque qu’un arbre pousse davantage dans les ouvertures. On voit qu’un autre affectionne les milieux humides. On reconnaît une essence à ses fruits avant même de voir son tronc. On constate que telle espèce commence déjà à changer de couleur alors qu’une autre demeure complètement verte.

On commence, tranquillement, à lire le territoire.

C’est une connaissance qui se construit lentement, saison après saison.

Et c’est probablement pour cette raison que j’aime autant montrer les arbres directement dehors. On peut donner beaucoup d’information dans un livre ou dans une vidéo, mais il faut éventuellement aller voir les arbres pour vrai.

Touchez le rameau. Regardez le bourgeon. Comparez les lenticelles. Revenez voir les fruits un mois plus tard.

C’est ainsi que les caractères finissent par rester en mémoire.
 
 
 

CONCLUSION

Les sorbiers du Québec sont d’excellents arbres pour développer ses compétences en identification forestière. Leurs grappes de fruits rouges ou orangés les rendent particulièrement faciles à repérer à la fin de l’été et à l’automne, mais ils offrent également de nombreux caractères permettant de les reconnaître pendant le reste de l’année.

Les feuilles composées, les folioles dentées, les gros bourgeons alternes, le bourgeon terminal bien développé, les lenticelles visibles et l’aspect du rameau constituent autant d’indices à combiner. En hiver, la comparaison avec le peuplier baumier permet notamment de remarquer que ce dernier possède des bourgeons beaucoup plus résineux et collants. L’observation de l’écorce permet aussi d’éviter certaines confusions avec le cerisier de Pennsylvanie.

Au Québec, le sorbier d’Amérique et le sorbier des montagnes sont indigènes, tandis que le sorbier des oiseaux, originaire d’Europe, a largement été planté et s’est naturalisé. Les appellations cormier, mascouabina ou maskouabina rappellent également à quel point l’histoire des arbres est liée à celle du territoire et aux mots utilisés par les gens qui l’habitent.

Mais au-delà de l’identification, le sorbier nous rappelle surtout l’importance de regarder les changements qui se produisent autour de nous. Les fleurs du printemps, les fruits de la fin de l’été, les couleurs de l’automne et les bourgeons de l’hiver nous permettent de suivre le rythme des saisons.

Pour entrer véritablement en relation avec la forêt, il faut apprendre à voir ces transformations.

La prochaine fois que vous apercevrez une grosse grappe de fruits rouge orangé au bord d’un chemin forestier, approchez-vous. Regardez la feuille. Cherchez le bourgeon. Observez les lenticelles.

Vous êtes peut-être devant un sorbier… ou, comme on dit encore dans plusieurs coins du Québec, un bon vieux cormier.
 
 
 
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Gabriel Grenier est enseignant en foresterie et s'implique dans le milieu forestier depuis plus de 20 ans. Auteur du livre « Forêts anciennes, l’expérience du fond des bois », il est aussi conférencier, animateur en randonnées éducatives et collaborateur certifié de Jardinage Bricolage Autosuffisance Recyclage Québec.
 
 
 
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